L’ORATOIRE DES MISSIONNAIRES EN FORÊT DE MEUDON

La clairière du Chêne des Missions dans la forêt de Meudon.
La clairière du Chêne des Missions dans la forêt de Meudon.

Dans la forêt domaniale de Meudon, à quelques pas du carrefour des Fonds de la Chapelle, se trouvent quatre dolmens et un menhir, disposés en arc de cercle devant un vieux chêne par des aspirants missionnaires en 1895.

 

De nos jours, c’est un petit chemin en bois aménagé par l’Office National des Forêt qui vous mène au pied dudit « Chêne des Missions ». 

Mais connaissez-vous réellement pourquoi cet étrange oratoire a été édifié en ce lieu ?

Jeunes aspirants missionnaires.
Jeunes aspirants missionnaires.

Tout d’abord, il faut savoir qu’à l’origine l’idée de créer un oratoire au fond des bois vient d’aspirants missionnaires du Séminaire des Missions Étrangères* de Meudon qui estimaient que leur dévotion à Marie, après une longue course en forêt, serait plus méritoire en comparaison du confort des bâtiments du séminaire. De cette pensée naquit le « Chêne des Aspirants ».

 

Fondé en 1663, le Séminaire des Missions Étrangères, dont la maison mère est à Paris, est un lieu où les jeunes ecclésiastiques qui aspirent à la vie apostolique, sont réunis, sous la direction d'anciens missionnaires, pour faire ou terminer leurs études théologiques, éprouver leur vocation, se perfectionner dans l'esprit de dévouement et de sacrifice, en un mot pour se préparer par l'étude, la retraite et la prière, à l’œuvre difficile, de la conversion des païens.

Mais pour bien comprendre son histoire, il faut revenir à l’origine de cette dévotion à la Sainte Vierge,

qui débute à Viroflay…

Le Chêne de la Vierge à Viroflay .
Le Chêne de la Vierge à Viroflay .

Aux alentours de l'année 1859, une épidémie de choléra décimait les enfants de Viroflay. Le curé de la paroisse eut la pieuse inspiration de se consacrer avec ses paroissiens à « Notre Dame du Chêne », ainsi appelée en raison d'une petite statue de la Vierge abritée dans une niche et fixée à un chêne dans les bois de Viroflay. Et aussitôt l'épidémie cessa.

 

Cette petite statue y avait été placée par les aspirants missionnaires de Paris durant leurs vacances dans leur maison de Meudon. Mais lorsque, en reconnaissance de la grâce que leur avait accordée la Sainte Vierge, les paroissiens de Viroflay changèrent la statue en une plus grande et s'y rendirent en pèlerinage, les aspirants leur abandonnèrent la place et se mirent en quête d'un endroit qui leur fût réservé.

 

Ils le trouvèrent dans les bois de Verrières : une nouvelle statue fut appliquée, à une hauteur convenable, au tronc d'un beau chêne et, en 1872, le Père Alexis Péan, directeur des aspirants, procédait à la bénédiction du nouvel « oratoire »

En 1880, on trouva un jour la vitre de la niche brisée et la statue endommagée par les pierres qui lui avaient été lancées. Un aspirant, M. Lavest le futur Préfet apostolique du Kouangsi, fit une nouvelle niche, plus belle et plus résistante ; ce nonobstant la statue, l'année suivante, gisait brisée au pied du chêne. Les débris en furent rapportés au séminaire et une autre statue fut installée. Persévérance touchante mais inutile : aux vacances de 1884, niche et statue, tout avait disparu. Que faire ? Les aspirants ne voulurent pas céder : une petite statuette fut placée dans les hautes branches du chêne, invisible pour tous, mais connue des séminaristes, qui fixèrent au tronc de l'arbre un écriteau portant ces mots : « Notre Dame des Aspirants Missionnaires, priez pour nous et pour les Missionnaires ».

Cependant une telle situation, humiliante pour la Sainte Vierge et, par conséquent, intolérable aux aspirants, ne pouvait durer. Le bois de Verrières fut abandonné et c'est le bois de Meudon qui abrita une niche avec une nouvelle statue, sur un chêne tricentenaire : c'était en 1888. Depuis lors les réunions à Notre Dame du Chêne devinrent plus régulières : on y chantait vêpres et complies, ainsi que des cantiques, on y récitait le chapelet.

À cette date, l’oratoire dédié à Marie était uniquement constitué du vénérable chêne pour prier en commun.

En 1890, le bâtiment du Séminaire de Meudon était devenu trop exigu pour accueillir les séminaristes toujours plus nombreux. Suite à un legs du Baron et la Baronne de GARGAN envers les Missions Etrangères, les aspirants déménagèrent dans le nouveau Séminaire de l’Immaculée Conception (ancien Château de Bel-Air) crée à Bièvres.* 

Séminaire de l'Immaculée Conception de Bièvres.
Séminaire de l'Immaculée Conception de Bièvres.

*Le château de Bel Air construit au XVIIe siècle pour Louise de LA VALLIERE (1644-1710) par Louis XIV fut l’une des libéralités du Roi-Soleil envers sa bien-aimée, première des grandes favorites « celle qui aima le roi et non la royauté ».

Acquis par le Ministère de l’Intérieur en 1984, la C.R.S. n°8 est installée à Bièvres depuis en 1986 et partage le site avec le RAID, unité à laquelle elle sert d’appui logistique et occasionnellement opérationnel.

Venus de toutes les provinces de France, les aspirants missionnaires ont gardé au cœur le culte de leur Vierge locale, si l'on peut ainsi parler, et ce culte ils ont voulu le manifester par de petits oratoires devant lesquels ils se groupent les jours de fête : les Parisiens ont Notre Dame des Victoires, les Lyonnais Notre Dame de Fourvières, les Basques et Béarnais Notre Dame de Lourdes, les Bretons Notre Dame d'Auray…

 

Les bois qui entourent le Séminaire de l'Immaculée Conception sont parsemés de petits édicules édifiés par les aspirants, entretenus pieusement, toujours ornés de fleurs, et dont le sens profond peut se résumer en ces quelques mots : « Rien n'est assez beau pour la Sainte Vierge ! ».

Aspirants missionnaires de Bièvres sur le site en 1903.
Aspirants missionnaires de Bièvres sur le site en 1903.

Concernant l’oratoire de la forêt de Meudon, ce sont de jeunes aspirants du Séminaire de l'Immaculée Conception de Bièvres, en grande partie d’origine bretonne, qui décidèrent, en 1895, d’aménager le site avec un pseudo-ensemble mégalithique, sûrement en mémoire de leur Bretagne natale parsemée de monuments druidiques…

Pour constituer les dolmens, les aspirants trainèrent à force de bras, des blocs de pierres meulières extraites des coupes voisines. Ils érigèrent quatre dolmens de taille différente et les placèrent du plus grand au plus petit en face du chêne du « Notre Dame des Aspirants ».

Image extraite de La Vie illustrée n° 256 du 11 Septembre 1903.
Des missionnaires transportent une grosse pierre dans le bois de Meudon - Image extraite de La Vie illustrée n° 256 du 11 Septembre 1903.

D’après différents récits, mais sans aucune référence historique, le menhir en grès d'une belle hauteur aurait été rapporté du « Bois de Vélizy ».

Des aspirants missionnaires de Bièvres en prière.
Des aspirants missionnaires de Bièvres en prière.
 Une statuette de la Vierge était placé en hauteur sur le chêne.
Statuette de la Vierge en hauteur sur le chêne.

Renouvelée chaque année pour la fête de l'Assomption, une guirlande de bruyères, se balançait aux branches du chêne.

Vous noterez donc, que ces fameux monuments mégalithiques désignés sous le nom de « dolmens de Meudon », ne sont pas authentiques. D’ailleurs, on peut même constater, que ces faux dolmens en blocs de meulières ont été scellés avec de barres de fer.

L'oratoire des aspirants missionnaires vers 1900.
L'oratoire des aspirants missionnaires vers 1900.
Les dolmens et le menhir  vers 1900.
Les dolmens et le menhir vers 1900.

Tout alla bien jusqu'en 1903 ; sous l'injonction du ministre Émile Combes et sa politique anticléricale, toute réunion fut alors interdite auprès du chêne. Obligés de se soumettre, les aspirants enlevèrent la statue. Ce ne fut plus que par petits groupes de 2 ou 3 au plus que les fervents se rendirent quelquefois en pèlerinage au chêne du bois de Meudon : il en fut ainsi jusqu'à la guerre de 1914, qui interrompit tout.

De nos jours, il reste seulement trois dolmens en élévation, le menhir, et bien sûr le majestueux et imposant chêne qui doit avoir de nombreux souvenirs à partager…

Le Chêne en 2021.
Le Chêne en 2021.
Le site de l'oratoire des missionnaires en forêt de Meudon en 2021.
Le site de l'oratoire des missionnaires en forêt de Meudon en 2021.
Barres de fer pour sceller les blocs de meulière.
Barres de fer pour sceller les blocs de meulière.

L'ancien oratoire des aspirants missionnaires du Séminaire des Missions Étrangères, dénommé par l’ONF « La clairière du Chêne des Missions » se situe en forêt de Meudon, non loin du Carrefour des Fonds de la chapelle (parcelle n° 74).

Sources :

- Archives des Missions Étrangères de Paris – Institut de recherche France-Asie

- Inventaire des mégalithes de la France. 4 — Région parisienne (Paris, Yvelines, Essonne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis,      Val-de-Marne, Val-d’Oise) - Monographie de John Peek.

- Henri Lacoste : « Vélizy-Villacoublay, son histoire, sa forêt et ses étangs, ses chasses royales » (1968). 


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